«Comment créer du contenu de haute qualité dans un monde où les annonceurs veulent payer au clic, et les consommateurs ne veulent rien payer du tout ?»  Cette réflexion de Martin Nisenholtz – l’un des responsables du site web du New York Times – résume parfaitement le dilemne auquel se trouve confronté la presse à l’heure du passage au numérique.

La presse écrite traditionnelle est en train de s’effondrer, c’est un fait. Ce phénomène ne poserait aucun problème si l’on retrouvait l’équivalent de nos journaux papiers sur le Web. Malheureusement, c’est loin d’être le cas. La situation actuelle se résume de manière assez simple :

En termes de support, on peut largement se passer du papier, en termes de qualité de l’information, on peut largement se passer du web. Internet est un outil formidable que l’on peine à rendre crédible, faute d’avoir trouvé un modèle économique viable et valorisant pour le journalisme. Internet est une Ferrari qui marche au diesel.

Je trouve l’opinion du journaliste et essayste Bernard Poulet particulièrement lucide et juste : « Les discours pathétiques sur le caractère irremplaçable de la chose imprimée, ou sur sa supériorité, dissimulent l’essentiel. Théoriquement, un site Internet n’a rien à envier aux journaux. Il peut, en principe, offrir plus d’informations, et permettre d’accéder à des images, des vidéos, ouvrir sur d’autres liens pour élargir la perspective, fournir du contexte.»

Bernard Poulet fait remarquer que ce n’est pas Le Monde ou Le Figaro qui vont nous manquer, mais plutôt la possibilité de financer le travail du journaliste, en particulier les enquêtes longues et coûteuses. En somme, tout ce qui fait l’intérêt du journalisme…

On en revient donc à notre première citation, signée Martin Nisenholtz : « Comment créer du contenu de haute qualité dans un monde où les annonceurs veulent payer au clic, et les consommateurs ne veulent rien payer du tout ? »

Tout le problème est là :

Avec Internet, les annonceurs sont tombés sur la poule aux œufs d’or. Plus besoin d’investir dans un journal tout entier, on peut désormais cibler l’article qui va correspondre parfaitement au produit à promouvoir. Pis, on ne paie que lorsque l’internaute clique sur la publicité. Résultat des courses : un article médiocre qui traite de mode ou de beauté sera facilement monnayable… hop une petite publicité bien placée, et la page devient rentable. En revanche, amusez vous à trouver des annonceurs pour un dossier archi-documenté sur les politiques éducatives au Cameroun… Vous mettez quoi, là, comme publicité ? On est bien emmerdé…  Au final, le journalisme d’investigation et les articles à haute valeur ajoutée sont rayés de la toile. Ce qui ajoute de la valeur au journalisme en retire au business qui prospère sur le web. Il faut bien faire des choix.

Second problème, qui alimente le premier : l’attitude des internautes. Personne n’est prêt à payer pour accéder à l’information sur le web. Les jeunes générations, habituées à accéder à un nombre incalculable de données gratuitement, trouvent impensable de payer pour de l’information. C’est toute une génération qui risque de baigner dans un journalisme pauvre, composé d’agrégats, de buzz et autres réjouissances qui laissent peu de place à la réflexion. Nous alimentons un cercle vicieux dans lequel le contenu médiocre appelle toujours plus de médiocrité.

Pour paraphraser Ionesco, il faudrait prendre garde à ne pas trop caresser ce cercle. Il pourrait devenir encore plus vicieux qu’il ne l’est déjà.

 

 

 Nicolas Fernandez

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2 Responses to Quel modèle économique pour le journalisme web ?

  1. Alonso dit :

    Bonjour Nicolas;

    Je visite à l’instant votre blog, qui a su m’attirer de par son ergonomie, sa qualité visuelle. J’ai donc lu un 1er article, après avoir visionné votre portfolio.
    La réflexion sur la définition du modèle économique pour le journalisme web est intéressant car il alimente le positionnement du web en tant que support de communication, de votre point de vue, en tant qu’expert du monde du journalisme.
    Je suis convaincue de l’importance de qualifier les lecteurs; à chaque contenu, correspond 1 profil de lecteur-internaute.
    De votre positionnement, découlera automatiquement « vos » lecteurs..
    Je reste optimiste par rapport à votre présence sur la toile, « le bouche à oreille façon web » va « payer », d’une manière ou d’une autre. Tout est à redéfinir…
    Bien à vous
    Jennifer

  2. [...] désormais totalement intégré l’intérêt de cette démarche. Il semblerait que le modèle économique de la presse en ligne commence à se dessiner, consécrant de nouveaux usages chez les [...]

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